221 ans après, Haïti face au défi de l’instauration d’un État propice au progrès de ses citoyens

Ce premier janvier 2025 marque une date symbolique dans l’histoire d’Haïti, rappelant que le peuple haïtien jadis était assujetti aux jougs de l’esclave et subissait la plus grande cruauté d’un système teinté de préjugés et de racisme profondément enraciné. Fondé sur la prétendue théorie d’Arthur de Gobineau affirmant la supériorité de la race aryenne, le système esclavagiste se contentait d’exploiter les Nègres dans des conditions déshumanisantes et répugnantes.

Haïti: auteur d’un échec crucial au système esclavagiste 

Mais, grâce aux insurrections des captifs de Saint-Domingue, ce système inhumain allait connaître son ultime échec lors du sacre de l’armée indigène, durant la bataille de Vertières le 18 novembre 1803, sur celle de Napoléon Bonaparte. Ainsi, le 1er janvier 1804, les généraux de l’armée indigène se sont réunis aux Gonaïves, proclamant définitivement l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue, ce fut la genèse d’un nouvel État placé sous l’égide des hommes de couleur.

Un État érigé comme modèle pour la quête de dignité

 Cette consécration ouvrit un tout nouveau chapitre dans l’histoire de ce peuple. Ayant pour objectif de construire un avenir radieux, cette jeune nation s’est lancée dans une quête sans précédent afin de léguer un héritage à ses progénitures témoignant la grandeur de son histoire héroïque qui ont dû servir d’inspiration à d’autres. Dès la genèse de cet État, la question de la dignité humaine et des droits universels figurait en lettre d’or dans les pages de son histoire, volant à maintes fois au secours des peuples opprimés par la barbarie de l’esclavage. 


En effet, Haïti s’inscrit toujours en premier ligne afin de faire écho au traitement digne et égalitaire des êtres humains. Marquant d’une manière indélébile l’histoire contemporaine, Haïti a toujours défendu un monde où les droits humains occupent une place centrale. En fait, la victoire d’Haïti en 1803 prouve qu’un peuple assujetti à la servitude et astreint à une condition de vie indécente attise toujours, à l’insu de tout garde-fou, les flammes de la révolution. 

Les déboires d’une nation en quête de son idéal 

Malheureusement, après 221 ans d’indépendance Haïti est en marge de son idéal. La nation haïtienne est rongée par une insécurité criante et acerbe, c’est une nation en agonie, un peuple en lambeaux. Ce système d’insécurité généralisée bien orchestré depuis des lustres rend le peuple haïtien totalement inapte aujourd’hui. De fait,  il s’est avéré que les décisions prises par les dirigeants haïtiens aux fils des ans ont quotidiennement compromis l’avenir de ce pays et mettant le peuple dans une situation de non confiance absolue face à ses représentants.

Célébration de l’indépendance dans l’ombre de l’insécurité

 
Raisonnablement, ce jour devrait être une journée de célébration et de réflexion portant les haïtiens à réviser leur histoire pour envisager de nouvelles perspectives portant sur l’avenir de la nation. Toutefois, le mode opératoire des gouvernants, souvent non concordant aux priorités du peuple haïtien, a plutôt transformé cette célébration en un moment hanté par la peur, le doute et l’inquiétude. A Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, un seul refrain résonne: l’invasion des quartiers par les gangs armés, tuant en toute impunité des personnes sans défense, déjà en proie à la misère la plus aiguë. Une misère,  exacerbée par l’insécurité alimentaire affectant environ 5.4 million d’individus, selon la dernière analyse du Cadre Intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).   

L’urgence d’une solution durable 

 Que faire ? Quand cette interminable crise trouvera-t-elle une issue? Autant de questions qui tourmentent l’esprit des Haïtiens en quête d’une solution favorable. A défaut de réponses concrètes subsumant une absence de volonté authentique. Le pays semble se diriger inéluctablement vers une descente aux enfers. Par ailleurs, on ne peut qu’observer qu’Haïti est dans une éternelle transition, feignant de colmater des solutions à la mode pièce, mais qui, en vrai, profite du temps au détriment de la vie de milliers haïtiens. Quant à la communauté internationale, elle se contente de jouer des tours, prétextant de venir en aide afin de préserver le statu quo favorable à sa domination de toujours.       

Jassaï MERZY

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