Port-au-Prince, 22 février 2026 – Alors que l’état d’exception se prolonge et que les gangs continuent d’imposer leur loi, les forces vives du pays ont franchi un cap décisif ce week-end. Réunis dans la capitale, des représentants des secteurs politique, économique et de la société civile ont signé le « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections », un accord-cadre destiné à redéfinir la gouvernance de la transition en plaçant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé au centre du pouvoir exécutif.
Sa publication au journal officiel est annoncée comme imminente. Ce texte ouvre une nouvelle phase de la transition engagée après l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, un événement qui avait plongé le pays dans une crise institutionnelle majeure.
À la suite de ce drame, le neurochirurgien et homme politique Ariel Henry avait été installé à la tête du gouvernement quelques jours plus tard, avec le soutien d’acteurs internationaux et nationaux, dans le but d’assurer la continuité de l’État et de conduire le pays vers des élections. Son administration avait toutefois été confrontée à une insécurité croissante, à des blocages politiques persistants et à l’absence de scrutin, situation qui avait finalement conduit à la mise en place du Conseil présidentiel de transition.
Depuis l’expiration officielle du mandat du CPT, le 7 février dernier, le Conseil des ministres, présidé par le chef du gouvernement- Alix Didier Fils-Aimé, assume désormais l’intégralité de l’exécutif pour une période intérimaire dont la durée reste indéterminée, mais dont l’objectif affiché demeure l’organisation d’élections transparentes et inclusives.
UN GOUVERNEMENT TECHNIQUE ORIENTÉ VERS LA SÉCURITÉ
L’article 4 du document confie au Premier ministre la formation rapide d’un cabinet « impartial, technique et efficace ». La priorité n’est plus aux équilibres politiques, mais à la gestion de l’urgence. Sélectionnés pour leur compétence et leur intégrité, les ministres devront concentrer leur action sur deux axes : rétablir la sécurité et préparer les scrutins.
Sur le terrain, la lutte contre l’insécurité demeure centrale. Le texte prévoit le renforcement des capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti, avec pour objectifs la libre circulation sur tout le territoire, la sécurisation des axes routiers ainsi que le contrôle des espaces maritime et aérien — conditions indispensables à la crédibilité du processus électoral.
Le gouvernement devra également définir les modalités de coopération avec la Force de répression des gangs (FRG), instituée par la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies.
UN PROCESSUS ÉLECTORAL PLACÉ SOUS HAUTE SURVEILLANCE
Au-delà du volet sécuritaire, l’accord établit les bases d’un dispositif électoral renforcé. Les autorités sont tenues de garantir un environnement stable afin de permettre au Conseil électoral provisoire d’exercer pleinement ses fonctions.
La modernisation de l’appareil électoral constitue un point clé : fiabilisation du registre via l’Office national d’identification, adaptation logistique aux communes créées entre 2015 et 2021 et transparence accrue du dépouillement grâce à la publication numérique progressive des résultats.
Autre mesure notable : l’intégration formelle de la diaspora. Le texte prévoit l’inscription des Haïtiens vivant à l’étranger sur les listes électorales et leur participation aux prochaines consultations.
DES RÉFORMES CONSTITUTIONNELLES SOUMISES AU RÉFÉRENDUM
L’accord dépasse la simple gestion de l’intérim et ouvre la voie à des ajustements institutionnels. L’article 13 évoque un nombre limité de modifications de la Constitution, élaborées sur la base d’un consensus national.
Afin d’en garantir la légitimité, ces changements seraient soumis à un référendum organisé le même jour que le premier tour des élections, une option présentée comme un moyen de restaurer la confiance entre gouvernants et citoyens.
UN COMITÉ CONSULTATIF POUR SUIVRE L’APPLICATION
Pour accompagner la mise en œuvre de cette feuille de route, un comité consultatif sera constitué. Regroupant des personnalités issues des secteurs signataires — politique, syndical, privé et société civile — il aura pour mission de suivre l’exécution des engagements sans intervenir dans la gestion quotidienne du pouvoir.
Par ailleurs, tout membre du gouvernement ou haut fonctionnaire souhaitant briguer un mandat électif devra démissionner dans un délai d’un mois après la signature.
Ce Pacte national apparaît ainsi comme une tentative majeure des acteurs politiques et sociaux pour trouver une sortie concertée à la crise. Reste à déterminer si ses dispositions pourront réellement s’imposer face à la violence armée qui continue d’affaiblir le pays. Sa mise en œuvre et le respect du calendrier seront observés avec attention par une population profondément éprouvée par les promesses restées sans suite.
Fritz Gerald Hussein VALME


