Port-au-Prince, 3 septembre 2026 — Le Conseil national de la société civile Ayitienne (CNSCA) a organisé, ce jeudi à l’hôtel Montana, la deuxième édition de son Forum national autour du thème : « Comment bâtir Haïti durablement à l’horizon 2054 ? ». La rencontre a réuni des personnalités politiques, des experts et des représentants de différents secteurs de la société civile autour d’une réflexion sur les moyens de refonder l’État haïtien sur des bases solides, justes et durables.

Organisé quelques semaines après un premier forum tenu à l’hôtel Royal Oasis, ce deuxième rendez-vous s’inscrit dans la démarche prospective engagée par le CNSCA en faveur d’une vision à long terme pour le pays. Parmi les participants figuraient notamment la Dre Sofia Loréus, ancienne ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, le Dr Alex Larsen, ancien ministre, ainsi que des représentants de la diaspora et de plusieurs secteurs de la vie nationale.
Dans son intervention d’ouverture, Maxius Bernard, chargé de la mise en contexte, a présenté une analyse préoccupante de la situation actuelle du pays. Il a évoqué les différentes crises auxquelles Haïti est confrontée, notamment dans les domaines environnemental, sanitaire, infrastructurel et éducatif.
Face à cette situation, il a alerté sur les risques liés à l’affaiblissement de l’autorité de l’État et à l’expansion des groupes armés. Il a appelé à une mobilisation nationale en faveur d’une Haïti « souveraine, indépendante », fondée sur les valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité et de paix.
Prenant la parole à son tour, le coordonnateur du CNSCA, Joseph Domingue Orgella, a placé la dignité et la fierté nationale au cœur de son intervention. Il a insisté sur la nécessité de recréer l’espoir, de renforcer la conscience historique des citoyens et de permettre aux Haïtiens de reprendre confiance dans leur capacité à construire leur avenir.

Mr. Orgella a également dénoncé les pratiques de mauvaise gouvernance et plaidé pour l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante composée de personnes compétentes, honnêtes et attachées à l’intérêt national. Il a par ailleurs déploré les divisions entre Haïtiens, alors que, selon lui, le pays fait face à des situations d’humiliation tant sur le territoire national qu’à l’étranger.
De son côté, le Révérend Luvio Bernard, président du MESH, a structuré sa contribution autour de cinq piliers destinés à favoriser l’émergence d’une Haïti souveraine, juste, inclusive, durable et prospère. Il a notamment plaidé pour le renforcement des institutions, la lutte contre l’impunité et la corruption, une politique de sécurité autonome ainsi que le développement de la production nationale afin de réduire la dépendance alimentaire du pays.
Me Annibal Coffy, représentant de l’opposition progressiste, a salué l’initiative du CNSCA et souligné l’importance d’une implication des acteurs politiques dans la mise en œuvre des propositions issues de la société civile. Il a appelé à privilégier une réponse haïtienne à la crise et à rejeter toute forme de fatalisme.
Le conseiller au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), Me Jude Tymogene, a pour sa part mis l’accent sur les enjeux sécuritaires et judiciaires. Il a souligné l’emprise des groupes armés sur plusieurs zones du pays et appelé à une réforme du système judiciaire ainsi qu’au renforcement de l’autorité de l’État pour lutter contre la criminalité organisée et l’impunité.

Les travaux se sont ensuite poursuivis autour de quatre axes thématiques : l’économie, la culture, le numérique et la politique. L’économiste Enomy Germain a présenté des pistes de réflexion sur le développement économique, tandis que le professeur Émile Brutus a mis l’accent sur le rôle de la culture dans la consolidation de l’identité nationale. Le Dr Josselin Vala a abordé les enjeux liés à l’innovation numérique et le professeur John Miller Beauvoir a présenté des réflexions sur le renforcement de la démocratie politique.
Au terme des échanges, les participants ont adopté à l’unanimité une résolution finale, lue par Me Wadson Alix. Le document recommande notamment l’ouverture d’un dialogue national inclusif impliquant de manière significative la société civile, avec l’appui des Nations unies.
La résolution préconise également la mise en place d’un exécutif bicéphale temporaire chargé de contribuer au rétablissement de la sécurité et de l’autorité de l’État, avant l’organisation d’élections libres et sécurisées. Les participants ont réaffirmé le principe selon lequel « sécurité et garanties démocratiques d’abord, élections ensuite ».
À la clôture du forum, Joseph Domingue Orgella a réitéré son appel à mettre fin à la mauvaise gouvernance et à construire une nouvelle vision de la gestion du pays. Selon lui, les organisations ayant participé à cette démarche ont exprimé leur volonté de contribuer à l’émergence d’une gouvernance davantage orientée vers la défense de l’intérêt national.
Le coordonnateur du CNSCA a également appelé les Haïtiens à dépasser les divisions et à privilégier l’unité face aux défis auxquels le pays est confronté. Il estime que la reconstruction d’Haïti doit être portée par des citoyens compétents, honnêtes et capables de défendre les intérêts de la nation.
Avec ce deuxième Forum national, le CNSCA entend poursuivre sa mobilisation autour du projet « Ayiti à l’horizon 2054 », en faisant de la réflexion collective un levier pour une transformation durable du pays et la construction d’une Haïti plus souveraine, digne et prospère.
Fritz Gerald Hussein VALME


