
Le bras de fer entre le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le gouvernement a pris un nouveau tournant. Le vendredi 8 novembre, les membres du CPT se sont réunis au Palais National et ont pris la résolution de révoquer Garry Conille de ses fonctions de Premier ministre.
Dans un arrêté publié dans le journal officiel Le Moniteur, on peut lire : « Nous, Smith AUGUSTIN, Louis Gérald GILLES, Fritz Alphonse JEAN, Edgard LEBLANC Fils, Laurent SAINT-CYR, Emmanuel VERTILAIRE, Leslie VOLTAIRE, membres votants, Régine ABRAHAM et Frinel JOSEPH, membres observateurs sans droit de vote du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), réunis ce vendredi 8 novembre 2024, au Palais National, avons fait choix, par consensus, du citoyen Alix Didier FILS-AIMÉ comme Premier Ministre. »
Cette décision forte du CPT a rapidement suscité des réactions au sein du gouvernement de Conille, qui n’entend pas abandonner la Primature. Jugeant illégale la résolution du CPT, le Premier ministre a demandé, dans une lettre portant sa signature, au Directeur Général des Presses Nationales de ne pas publier la résolution du CPT dans le journal officiel.
« Considérant que la résolution du Conseil Présidentiel de Transition, prise au mépris des textes visés, est manifestement entachée d’illégalité ;
Considérant que la publication des actes officiels au journal officiel, Le Moniteur, s’effectue sous la responsabilité du Gouvernement ;
Pourquoi, je, Garry Conille, Premier Ministre, vous enjoins de ne pas publier la résolution prise par le Conseil Présidentiel de Transition pour mettre fin aux fonctions du Premier Ministre », peut-on lire dans la lettre du Premier ministre.
Par ailleurs, dans un autre document rendu public, le Premier ministre Conille s’appuie sur des textes de loi pour expliquer, sans langue de bois, l’illégalité de cette initiative du CPT et les conséquences qu’elle pourrait engendrer dans le contexte actuel de crise. « Cette résolution, prise en dehors de tout cadre légal et constitutionnel, soulève de sérieuses préoccupations quant à sa légitimité et à ses répercussions sur l’avenir de notre pays », a affirmé Conille.
Pour Conille, seul le Parlement est habilité à prendre une telle résolution : « L’article 158 de notre Constitution stipule que le Premier ministre est responsable devant le Parlement, et que seule une démission ou une motion de censure du Parlement peut entraîner la fin de ses fonctions. En aucun cas, le Conseil Présidentiel, même dans le cadre de ses fonctions transitoires, ne peut se substituer au Parlement ni exercer un pouvoir qui ne lui a pas été attribué », a-t-il déclaré.
En effet, Conille estime que le CPT outrepasse ses pouvoirs, qualifiant cette résolution d’abus de pouvoir. « La décision du CPT, prise en dehors de ce cadre, constitue un abus de pouvoir et une forfaiture qui porte atteinte aux principes fondamentaux de notre démocratie », a écrit Conille.
Par ailleurs, Garry Conille en appelle aux secteurs politiques et sociaux, qu’il considère comme ayant la légitimité de guider la transition : « Je reste attentif aux secteurs politiques et sociaux qui, selon l’Accord du 3 avril, détiennent la légitimité pour guider la transition. Avec eux, je suis prêt à poursuivre ce combat pour la stabilité de notre pays, à défendre la légalité et à contester toute action illégale motivée par des intérêts politiques étroits qui ne font qu’ajouter à la souffrance de notre peuple », a affirmé Conille.
Ce nouvel épisode entre le CPT et le gouvernement illustre que la situation actuelle du pays ne semble pas être une préoccupation pour les dirigeants. Au contraire, ils se livrent à une lutte intestine, motivée par des intérêts personnels. Le dénouement est incertain, mais il est certain que cette crise risque de s’aggraver, et seule la masse populaire en subira les conséquences.