CRISE INSTITUTIONNELLE EN HAÏTI : LE CNSCA PROPOSE UN EXÉCUTIF BICÉPHALE ET PARITAIRE POUR ÉVITER UN VIDE DU POUVOIR

À l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, l’organisation de la société civile alerte sur les risques institutionnels et avance des pistes concrètes pour une transition crédible.

Port-au-Prince, Mardi 5 janvier 2025 – À quelques semaines de l’échéance constitutionnelle du 7 février 2026, marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la perspective d’un vide institutionnel suscite de vives inquiétudes en Haïti. Dans ce contexte jugé critique, le Conseil national de la société civile Ayitienne (CNSCA) est monté au créneau en publiant, ce mardi, une prise de position appelant à une « sortie de crise responsable, inclusive et réaliste ».

Dirigée par Mr. Joseph Domingue Orgella, l’organisation dresse un constat sévère de la transition en cours. Elle souligne que le CPT, conçu comme un mécanisme exceptionnel et temporaire, arrive à son terme sans avoir atteint ses objectifs majeurs : rétablissement de la sécurité, organisation de la conférence nationale, tenue d’un référendum constitutionnel et création des conditions minimales pour des élections crédibles.

Selon le CNSCA, cette situation, combinée à l’aggravation des crises sécuritaire, socio-économique, humanitaire et de gouvernance, fragilise la continuité de l’État et renforce l’incertitude institutionnelle.

UNE RECONDUCTION JUGÉE CONTRE-PRODUCTIVE

Face à ce bilan, l’organisation estime qu’une reconduction à l’identique des mécanismes actuels serait « contre-productive ». Elle plaide ainsi pour une nouvelle architecture de gouvernance transitoire à mettre en place après le 7 février 2026.

UNE PROPOSITION CENTRALE : UN EXÉCUTIF BICÉPHALE ET PARITAIRE

Au cœur des recommandations du CNSCA figure l’instauration d’un exécutif bicéphale, composé d’un(e) président(e) de la transition, chef(fe) de l’État, et d’un(e) Premier(ère) ministre de la transition, chargé(e) de l’action gouvernementale.

Cette configuration devrait impérativement respecter deux principes majeurs :

  1. La parité de genre effective
    Le CNSCA exige qu’au moins une femme occupe l’un des deux postes exécutifs clés. Il réclame également un engagement formel en faveur d’une parité substantielle (50/50) au sein du gouvernement de transition, ainsi qu’un accès réel des femmes aux ministères régaliens et stratégiques, dénonçant une participation actuelle jugée « marginale et souvent symbolique ».
  2. Un mandat strictement limité et ciblé
    Le futur exécutif aurait pour missions prioritaires et non extensibles :
    – le rétablissement progressif de la sécurité ;
    – l’organisation de la conférence nationale et du référendum constitutionnel ;
    – la relance minimale des services sociaux de base ;
    – la réforme du cadre électoral ;
    – l’organisation d’élections crédibles, inclusives et sécurisées.

UN RÔLE RENFORCÉ POUR LA SOCIÉTÉ CIVILE

Le CNSCA réaffirme par ailleurs la place centrale que doit occuper la société civile dans cette nouvelle phase de transition. Celle-ci, souligne l’organisation, ne saurait être reléguée à un rôle consultatif marginal, mais doit participer aux mécanismes de suivi, à l’évaluation des performances de la transition et jouer un rôle de médiation sociale et territoriale.

Alors que les discussions s’intensifient sur l’après-7 février, le CNSCA met sur la table une proposition qu’il qualifie d’ambitieuse, estimant que la légitimité du pouvoir ne peut plus être uniquement institutionnelle ou internationale, mais doit être socialement construite et inclusive.

En conclusion, l’organisation réaffirme sa disponibilité à contribuer, « dans un esprit républicain et responsable », à toute initiative visant le redressement durable d’Haïti, alors que le compte à rebours vers la fin du mandat du CPT est désormais enclenché.

Fritz Gerald Hussein VALME

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