L’archipel autorise le transit d’aéronefs militaires américains, renforçant une coopération qui ravive les tensions avec Caracas.
PORT-D’ESPAGNE, Trinité-et-Tobago — Dans un mouvement qui confirme son virage stratégique vers Washington, le gouvernement de Trinité-et-Tobago a officiellement autorisé, ce lundi 15 décembre, le transit d’aéronefs militaires américains par ses aéroports pour « les semaines à venir ». Présentée comme une simple mesure logistique, cette décision consacre néanmoins la transformation progressive de l’archipel en avant-poste clé des opérations américaines dans les Caraïbes, à proximité immédiate des côtes vénézuéliennes.
L’annonce du ministère des Affaires étrangères intervient dans un climat de fortes tensions entre Washington et Caracas, quelques jours seulement après que le Venezuela a accusé Trinité-et-Tobago d’avoir « participé » à la saisie d’un pétrolier transportant du brut vénézuélien — un « acte de piraterie », selon la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez.
UNE ESCALADE MILITAIRE GRADUELLE
L’autorisation accordée aux aéronefs américains s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération militaire, mise en place ces derniers mois. Officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic, la présence américaine dans la région s’est considérablement renforcée depuis août.
Dirigée depuis mai par la Première ministre Kamla Persad-Bissessar, perçue comme proche de l’administration Trump, Trinité-et-Tobago s’est imposée comme un partenaire actif :
• Fin octobre : accueil de la frégate américaine USS Gravely ;
• Mi-novembre : déploiement et exercices d’un contingent de Marines américains sur le territoire ;
• Fin novembre : installation d’un radar américain sur le nouvel aéroport de Tobago, île touristique de l’archipel.
Dans un communiqué officiel, le gouvernement tente toutefois de minimiser la portée stratégique de ces actions. Selon les autorités, ces mouvements visent uniquement à « faciliter le réapprovisionnement et les rotations de personnel de routine ». La Première ministre Persad-Bissessar assure par ailleurs que Washington « n’a jamais demandé » à utiliser le territoire trinidadien pour mener des opérations offensives contre le Venezuela.
LA COLÈRE DE CARACAS ET L’ENJEU PÉTROLIER
À Caracas, cette version est rejetée en bloc. Le régime de Nicolás Maduro y voit une manœuvre de déstabilisation régionale, destinée à affaiblir le Venezuela et à exercer un contrôle indirect sur ses immenses ressources énergétiques.
Cette coopération militaro-stratégique a déjà entraîné des conséquences économiques concrètes : le Venezuela a annoncé l’annulation de ses accords gaziers avec Trinité-et-Tobago, accentuant la rupture entre les deux voisins.
Cette nouvelle étape survient alors que la campagne américaine de « lutte antidrogue » dans les Caraïbes prend une tournure de plus en plus violente. Selon plusieurs sources, les forces américaines auraient mené une vingtaine d’interventions armées depuis septembre contre des embarcations suspectes, causant au moins 87 morts.
UN ALIGNEMENT GÉOPOLITIQUE À HAUT RISQUE
En s’érigeant en plateforme arrière des opérations américaines, Trinité-et-Tobago s’expose à un risque géopolitique majeur. Longtemps tournée vers ses voisins latino-américains, la double île opte désormais pour un alignement assumé avec Washington, au prix d’une détérioration accélérée de ses relations avec son puissant voisin vénézuélien.
Alors que les aéroports trinidadiens s’apprêtent à voir transiter des avions de l’US Air Force, une question demeure : jusqu’où ira cette coopération ? Et surtout, cette « logistique » annoncée pourrait-elle, en cas d’escalade régionale, basculer vers un engagement militaire plus direct ?
Une chose est sûre : la ligne de front entre Washington et Caracas s’est rapprochée, et elle passe désormais par les pistes d’atterrissage de Trinité-et-Tobago.
Fritz Gerald Hussein VALME



