Chef de parti et leader spirituel, Emmanuel Ménard dresse un diagnostic sans concession d’un pays frappé par une double crise sociétale et morale, et appelle à une transition radicale à partir du février 2026.

PORT-AU-PRINCE – Alors qu’Haïti s’enfonce dans une crise multiforme sans précédent, la voix du Dr Emmanuel Ménard, chef de la Force Louverturienne Réformiste et figure politique et spirituelle, s’élève pour livrer un constat sévère. Dans une tribune au ton alarmant rendue publique le 5 janvier 2025, il décrit un pays « malade », miné par l’effondrement de ses structures et une dérive profonde des mentalités, tout en appelant à une mobilisation en vue d’une transition politique en février 2026.
« Nous sommes en 2026, et c’est un truisme de dire que cela va mal dans mon pays », écrit-il en préambule, dénonçant le silence et la peur qu’il assimile à une forme de « colonisation de l’esprit ». Pour lui, dire la vérité relève d’un devoir moral dans un contexte qu’il qualifie de « détresse éthique, où le patriotisme devient un délit ».
UNE DOUBLE CRISE : SOCIALE ET MORALE
Emmanuel Ménard identifie d’abord une crise de société profonde, marquée par la désintégration du tissu social, le dysfonctionnement des appareils de l’État et une gouvernance qu’il juge chaotique. Selon lui, la nation assiste, impuissante, à « l’effondrement progressif de l’État ». Il remet en question l’efficacité des réponses internationales, évoquant avec scepticisme la résolution 2793 des Nations unies ainsi que la « fameuse feuille de route de l’OEA ».
Mais le cœur de son analyse porte sur ce qu’il qualifie de crise généralisée de mentalité. Il décrit une société en « déliquescence accrue » et en « dévergondage total », où la lutte pour la survie aurait banalisé la violence, devenue un mode d’expression ordinaire.
Son constat se décline à travers une série d’exemples qu’il juge révélateurs : élèves et enseignants vandalisant des écoles, communautés attaquant des installations industrielles, patients agressant des médecins, policiers incendiant des véhicules, parlementaires saccageant le Parlement.
« Nous sommes face à une société frappée d’une pathologie chronique », affirme-t-il. Selon lui, la banalisation du crime a atteint un niveau critique : « Tuer, voler, se prostituer sont devenus les sports favoris d’une kyrielle de malades mentaux », qu’il accuse d’occuper des postes de pouvoir, tant dans la majorité que dans l’opposition, ainsi que dans certaines organisations de la société civile.
Il dénonce également une information qu’il estime complaisante envers la violence, pointant du doigt la tendance à filmer les victimes plutôt qu’à leur porter secours. Pour résumer ce sombre tableau, il cite un sociologue, ancien ministre : « Mezanmi, peyi a kraze » (« Mes amis, le pays est en miettes »).
UN APPEL À LA MOBILISATION POUR FÉVRIER 2026
Face à ce qu’il qualifie de « système corrompu », Emmanuel Ménard affirme ne pas se limiter au constat. Au nom de la Force Louverturienne Réformiste, membre du Consortium Patriotique, il annonce la poursuite d’un « dialogue permanent » avec les différents pôles politiques et sociaux du pays.
Son objectif affiché est clair : « entamer, à partir du 7 février 2026, la transition du système corrompu vers une gouvernance fondée sur la transparence citoyenne, dans une Nouvelle Haïti ».
À la fois cri d’alarme et appel à l’action, cette prise de position illustre l’urgence ressentie par une frange de la classe politique haïtienne. Elle pose une question centrale : la société haïtienne, épuisée et fragmentée, parviendra-t-elle à mobiliser les ressources nécessaires pour engager la transition radicale évoquée par Emmanuel Ménard, ou s’enfoncera-t-elle davantage dans l’instabilité et la violence ?
Le compte à rebours vers février 2026 est désormais enclenché.
Fritz Gerald Hussein VALME



