À l’occasion du 39e anniversaire de la Constitution du 29 mars 1987, l’émission Ayiti à l’horizon 2054, diffusé sur la Radio Télévision FADHRIS, a réuni, le dimanche 29 mars 2026, plusieurs intervenants autour du président du Conseil National de la Société Civile Ayitienne (CNSCA), Joseph Domingue Orgella. Les échanges ont porté sur l’effectivité du texte constitutionnel, près de quatre décennies après son adoption.
UN TEXTE AMBITIEUX, MAIS PEU EFFECTIF
Invité à analyser la longévité de la Constitution, Me Jean Bonald Golinsky Fatal en a relativisé la portée. Selon lui, si ce texte a survécu plus longtemps que les précédents, son application reste largement limitée. Il évoque un contenu souvent ignoré dans la pratique, malgré une vision axée sur le progrès social et l’héritage de 1804.
L’intervenant estime également que ce cadre juridique, inspiré de standards internationaux, demeure en décalage avec certaines réalités locales, notamment en raison de dispositions difficilement applicables dans le contexte haïtien.
DES INSTITUTIONS FRAGILISÉES
Abordant le fonctionnement de l’État, l’avocat a pointé la rigidité du processus d’amendement constitutionnel, tout en soulignant le manque de volonté politique pour faire respecter les lois. Il a aussi dénoncé d’importants dysfonctionnements au sein du système judiciaire.
Sur la séparation des pouvoirs, il a insisté sur un facteur déterminant : l’autonomie financière. Sans indépendance budgétaire, les institutions restent vulnérables à l’influence de l’exécutif, compromettant ainsi leur fonctionnement.
S’agissant de la liberté d’expression, pourtant garantie par la Constitution, il a rappelé qu’elle s’exerce dans le respect des lois, notamment en matière de diffamation, tout en soulignant les failles persistantes dans leur application.
UN SYSTÈME EN MARGE du CADRE CONSTITUTIONNEL
Face à un Parlement dysfonctionnel depuis plusieurs années et à un exécutif contesté, le débat s’est élargi à la nature du régime en place. Pour Jean Bonald Golinsky Fatal, le pays fonctionne en dehors des prescrits constitutionnels, l’exécutif assumant des prérogatives qui ne lui sont pas reconnues par la loi.
Il a également exprimé des doutes quant à la possibilité d’organiser, dans le contexte actuel, des élections conformes aux normes établies par la Constitution de 1987.
CONDITIONS SOCIALES : DES REVENDICATIONS PERSISTANTES
La question sociale a occupé une place importante dans les discussions, avec les interventions de Junior Derose, président de l’Association des agents de sécurité professionnels (AASP), et de Dominique St-Eloi, coordonnateur général de la Coordination nationale des ouvrières et ouvriers haïtiens (CNOHA).
Tous deux ont dénoncé l’absence d’ajustement du salaire minimum depuis plusieurs années, malgré la hausse continue du coût de la vie. Ils ont notamment évoqué un rapport du Conseil supérieur du travail, transmis aux autorités en 2025, mais resté sans suite.
Les représentants syndicaux réclament un salaire minimum de 2 500 gourdes pour une journée de huit heures, accompagné de mesures sociales telles que le soutien au transport, l’accès au logement et à l’alimentation. Ils rappellent que plusieurs de ces dispositions existent déjà dans la législation, sans être effectivement appliquées.
INQUIÉTUDES SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE
Les intervenants ont également exprimé leurs préoccupations face à une éventuelle hausse des prix du carburant. Ils appellent les autorités à éviter toute décision susceptible de raviver les tensions sociales, en référence aux crises précédentes liées à ces mesures.
SECTEUR TEXTILE ET FINANCES PUBLIQUES EN QUESTION
En conclusion, Dominique St-Eloi a soulevé des inquiétudes concernant le secteur textile, évoquant des irrégularités dans la gestion de certains actifs et l’absence de retombées pour des institutions publiques telles que l’ONA et l’OFATMA.
Ce débat met en lumière les difficultés persistantes liées à l’application de la Constitution de 1987, dans un contexte marqué par l’instabilité institutionnelle et des revendications sociales croissantes. Une situation qui continue d’alimenter les interrogations sur l’avenir de l’État de droit en Haïti.
Fritz Gerald Hussein VALME


