Port-au-Prince, le 8 janvier 2026 – À l’approche de l’échéance constitutionnelle du 7 février 2026, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) s’apprête à clore un mandat largement critiqué, marqué par l’inaction, l’insécurité persistante et une profonde crise de confiance. Mis en place en avril 2024 dans un contexte d’extrême urgence, l’organe de transition laisse derrière lui un pays plus fragmenté, plus violent et plus désillusionné.
UN BILAN SÉVÈRE : DES PROMESSES RESTÉES LETTRE MORTE
Issu de l’Accord politique du 3 avril 2024, le CPT s’était engagé à rétablir un minimum de sécurité, à organiser un référendum constitutionnel et à conduire le pays vers des élections crédibles. Près de deux ans plus tard, le constat est sans appel.
Selon une évaluation indépendante portant sur 65 actions programmées, le taux global de mise en œuvre ne dépasserait pas 38,46 %. Dans les secteurs jugés prioritaires — sécurité et processus électoral — les résultats sont quasi inexistants :
- aucun référendum constitutionnel n’a été organisé ;
- aucune élection n’a été tenue ;
- la conférence nationale annoncée n’a jamais vu le jour.
SÉCURITÉ : L’ÉCHEC MAJEUR DE LA TRANSITION
La restauration de la sécurité, condition préalable à tout processus démocratique, demeure le principal point noir du mandat. Malgré le déploiement d’une mission multinationale d’appui, largement perçue comme insuffisante en effectifs et en moyens, les groupes armés ont consolidé leur emprise.
Les estimations font état d’un contrôle de facto d’une grande partie de Port-au-Prince par des gangs, exposant la population à des violences quotidiennes, enlèvements et déplacements forcés.
« Le préalable sécuritaire n’a pas été rempli. Sans sécurité minimale, aucun scrutin crédible n’est envisageable », confie un observateur international sous couvert d’anonymat.
Crise de gouvernance et scandales de corruption
À ces échecs structurels s’ajoute une érosion accélérée de la crédibilité politique du CPT, alimentée par des divisions internes et plusieurs affaires de corruption présumée ayant éclaboussé l’institution.
Parmi elles, les accusations visant le conseiller présidentiel Louis Gérard Gilles, régulièrement cité dans des controverses publiques liées à des soupçons de pratiques douteuses et de conflits d’intérêts. Bien que les procédures judiciaires n’aient pas encore abouti à des condamnations définitives, ces affaires ont contribué à fragiliser davantage une institution déjà contestée, renforçant le sentiment d’impunité au sommet de l’État.
Pour le Conseil National de la Société Civile Haïtienne (CNSCA), le constat est sans détour :
« Le CPT a failli dans sa mission fondamentale. L’instabilité persiste plus de quatre ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse. »
L’organisation plaide désormais pour un nouveau cadre de gouvernance, évoquant notamment la mise en place d’un exécutif bicéphale comme alternative.
APRÈS LE 7 FÉVRIER : QUELLE ISSUE POSSIBLE ?
À quelques jours de l’expiration du mandat, l’incertitude domine. Certains acteurs politiques suggèrent la création d’une instance restreinte, chargée exclusivement de :
superviser une force de sécurité réellement opérationnelle ;
préparer dans l’urgence, des élections législatives et présidentielle envisagées pour août 2026.
UNE TRANSITION QUI S’ACHÈVE, UNE CRISE QUI DEMEURE
Le 7 février 2026 ne marque pas un tournant décisif pour Haïti. Il symbolise plutôt la fin d’un mandat sans résultats à la hauteur des attentes, dans un pays toujours privé de sécurité, de légitimité institutionnelle et de perspectives claires. Le CPT s’efface, mais la crise, elle, demeure entière. Plus que jamais, la question centrale reste posée : qui, et comment, pourra enfin remettre l’État haïtien sur les rails ?
Fritz Gerald Hussein VALME


