
Hier, mardi 23 octobre 2024, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, Maria Isabel Salvador, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en Haïti, a tiré la sonnette d’alarme sur l’aggravation de la situation sécuritaire et politique dans le pays. La cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a souligné qu’en dépit du déploiement de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), la situation sécuritaire ne cesse de se détériorer.
Mme Salvador a rapporté une hausse de 22 % du nombre de déplacés internes, atteignant plus de 700 000 personnes en seulement trois mois. Elle a exprimé sa grande préoccupation face à l’instabilité politique, affirmant que « le processus politique, malgré les avancées initiales dont j’ai fait état en juillet, est désormais confronté à des défis considérables, transformant l’espoir en profonde inquiétude ». La sécurité alimentaire est également compromise, affectant près de la moitié de la population haïtienne, alors que les gangs continuent de contrôler les principales routes d’accès.
Elle a également alerté sur l’expansion de la violence des gangs, qui s’intensifie au-delà de la capitale. Mme Salvador a fait état de l’attaque sanglante du 3 octobre à Port Sondé, dans l’Artibonite, perpétrée par des bandes criminelles, causant la mort de 115 civils et des dizaines de blessés. Selon elle, les gangs n’hésitent pas à cibler des bateaux transportant des civils. Elle a dénoncé l’impact dévastateur de cette violence, notamment sur les femmes et les enfants, précisant que « les gangs utilisent la violence sexuelle comme arme de terreur et de soumission ».
Bien que des contingents de policiers venus du Kenya, des Bahamas, du Belize et de la Jamaïque aient été déployés dans le cadre de la MMAS, cette mission ne compte actuellement qu’environ 430 membres, un nombre jugé insuffisant. « C’est loin d’être suffisant », a-t-elle affirmé, tout en saluant l’annonce d’un renforcement des forces par le président kényan William Ruto.
Sur le plan politique, Mme Salvador a mis en avant les divergences au sein de l’exécutif bicéphale, lesquelles constituent un obstacle à la transition. « La frustration de l’opinion publique face à la dynamique conflictuelle affectant le travail des autorités de transition s’est accrue », a-t-elle observé. Le manque de progrès dans les réformes de gouvernance nécessaires compromet la crédibilité des institutions et alimente la méfiance envers le système politique.
Malgré ces défis, Mme Salvador a souligné les nouvelles perspectives offertes par les réformes et l’importance des élections prévues avant la fin de 2025. Elle a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle redouble d’efforts en faveur d’Haïti, en affirmant : « Nous devons rester déterminés à aider Haïti sur le chemin de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité. »
Jassaï MERZY