LEADERSHIP FÉMININ EN HAÏTI : MME. MARIE DENISE CLAUDE PLAIDE POUR LA PARITÉ ET L’ENGAGEMENT CITOYEN FACE À LA CRISE

Port-au-Prince, 4 janvier 2026 – L’émission « Ayiti à l’horizon 2054 », animée par Mr. Joseph Domingue Orgella sur la RTVF, a consacré son édition dominicale à une réflexion approfondie sur la transition politique en Haïti. Invitée de l’émission, Mme. Marie Denise Claude, ancienne ministre à la Condition féminine, femme politique et ex-candidate au Sénat, a livré un plaidoyer appuyé en faveur d’un leadership féminin inclusif, d’une refondation citoyenne et d’une nouvelle architecture de gouvernance pour sortir le pays de la crise.


D’entrée de jeu, l’ancienne ministre a inscrit le débat dans une perspective historique, rappelant le rôle largement sous-estimé des femmes dans l’indépendance et l’histoire nationale. « On parle des héros, mais on oublie souvent les héroïnes », a-t-elle souligné, estimant que l’exclusion juridique et sociale a longtemps effacé les femmes des récits officiels. Elle a également rappelé que le droit de vote, acquis en 1950, a été fragilisé avec l’arrivée au pouvoir de François Duvalier en 1957.


DÉCONSTRUIRE LES STÉRÉOTYPES POUR CONSTRUIRE L’ÉGALITÉ


Au cœur de son intervention, Mme. Marie Denise Claude a appelé à rompre avec les schémas traditionnels de socialisation. « Nous devons cesser d’inculquer aux filles qu’elles doivent rester à la maison pour les tâches ménagères. Garçons et filles peuvent assumer ces responsabilités », a-t-elle affirmé.


Selon elle, la reconstruction du pays ne saurait se faire sans la participation pleine et entière des femmes, sur un pied d’égalité avec les hommes. Elle a mis en avant les compétences qu’elles apportent dans les sphères publique et privée : « Les femmes ont la capacité de gérer plusieurs responsabilités à la fois – le foyer, une entreprise… Ce savoir-faire doit être mis au service du pays. À des postes de responsabilité, elles font souvent preuve d’une intégrité qui produit des résultats concrets. »


DE L’ORGANISATION À LA CONSCIENCE CITOYENNE


Interrogée sur la multiplication d’organisations féminines sans impact tangible, l’ancienne ministre a recentré le débat sur l’essentiel : « Pour intégrer les espaces de décision, il ne suffit pas de créer des structures. Il faut une véritable conscience citoyenne et un engagement réel. »


Elle a insisté sur la nécessité de former la jeunesse afin de cultiver « plus d’engagement, plus de sensibilité et plus d’amour pour le pays », appelant à l’émergence d’une nouvelle génération capable d’assumer la relève politique.
Nouvelle transition : Mme. Marie Denise Claude prône un exécutif bicéphale
À l’approche du 7 février, date marquant la fin théorique du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Elle a défendu l’idée d’une nouvelle transition politique fondée sur un exécutif bicéphale, garant d’équilibre, de parité et de responsabilité partagée au sommet de l’État.


« Aux plus hauts niveaux de l’État, les deux genres doivent être représentés. Si nous avons un homme comme président, il faut une femme comme Première ministre, ou l’inverse », a-t-elle déclaré, estimant qu’une telle configuration renforcerait la légitimité de l’exécutif et favoriserait une gouvernance plus inclusive.
Elle a exhorté les femmes à faire de la parité leur revendication centrale, tout en appelant les hommes à « laisser davantage d’espace aux femmes » dans les instances de décision.


FACE À LA CRISE : UN APPEL À LA RESPONSABILITÉ POLITIQUE


Dans un contexte de transition bloquée, l’ancienne ministre a lancé un appel pressant aux acteurs politiques, les invitant à dépasser les intérêts personnels pour parvenir à un consensus national. Elle a mis en garde contre l’attentisme : « Il ne faut pas attendre que des étrangers viennent imposer leurs solutions. »
Elle a également évoqué l’existence de dynamiques politiques en dehors de Port-au-Prince, mentionnant plusieurs groupes régionaux engagés dans des démarches de concertation.
« Nous sommes à quelques jours du 7 février. Le secteur politique doit démontrer sa capacité à désamorcer la crise et à proposer une alternative crédible », a-t-elle déclaré, identifiant l’insécurité comme le principal obstacle à l’organisation d’élections crédibles.


UN MESSAGE D’ESPOIR FONDÉ SUR L’INTÉGRITÉ


En conclusion, Mme. Marie Denise Claude a rejeté tout discours fataliste quant à l’avenir du pays. « Il n’y a pas de génération spontanée. Des hommes et des femmes intègres existent encore dans ce pays », a-t-elle assuré, appelant à mobiliser ces ressources humaines pour définir une feuille de route nationale.
Cet entretien a ainsi posé les bases d’un débat de fond : la refondation d’Haïti passe par une gouvernance inclusive, un exécutif équilibré et une reconnaissance pleine du leadership féminin, appuyés par un sursaut collectif de responsabilité citoyenne.

Fritz Gerald Hussein VALME

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