
Tensions répétées, détonations récurrentes, déplacements forcés, viols, blessures par balles perdues : tels sont, entre autres, les termes qui reviennent le plus souvent dans le quotidien haïtien. Haïti est pris dans une spirale de violence interminable où les gangs armés font office des seules autorités. Ils incarnent la peur partout où ils vont. L’État, réduit à sa plus simple expression, semble avoir disparu. L’absence totale de solutions est criante, et le pays, livré à lui-même, voit sa population souffrir davantage.
Encore un vendredi de panique
Ce vendredi 13 décembre, les gangs armés, une fois de plus, sortent de leur tanière. Ils ont décrété définitivement la permanence, faisant parler la poudre à canon. Port-au-Prince est définitivement devenu un état de siège. Tôt ce matin, des tirs nourris sont entendus dans plusieurs quartiers de la capitale, exacerbant la panique chez la population.
Le mode opératoire reste inchangé : à chaque quartier conquis, les bandits ont mis le feu, ils ont démoli des bâtiments, notamment les commissariats abritant des policiers, pillés des maisons, tués des gens, violés des femmes et des filles ect. Ils se sont lancés dans une quête acharnée, celle de conquérir de nouveaux territoires. Qui peut les arrêter ? Une interrogation qui reste en suspens !
Fort-National, une nouvelle cible pour les bandits
Après la prise du quartier de Solino, Fort National entre automatiquement dans le viseur des bandits depuis plus d’un mois. Ce matin, par un coup de force, ils ont tenté d’atteindre leurs objectifs, car plusieurs vidéos, tournées en boucle sur les réseaux sociaux ont montré des fumées s’élevant au niveau du Fort National. Aucune communication officielle pour l’instant, toutefois la panique dans ce quartier et dans ceux environnants reste une préoccupation importante.
Paralysie scolaire à cause des bandits
Par conséquent, plusieurs établissements scolaires sont contraints de fermer leurs portes à cause de ce climat de terreur, y compris des centres de formation professionnelle. Hier, l’une des vitres latérales de la voiture d’un étudiant du Centre de Formation Professionnelle d’Haïti (CFPH)/Canado Technique a été atteinte par une balle perdue dans la cour de l’établissement.
Un État impuissant face aux gangs
Sans parler de Carrefour Aéroport, qui, depuis la prise de Solino, est devenu un lieu impraticable. La région métropolitaine de Port-au-Prince est devenue invivable ; la vie y est suspendue au bout des fusils des bandits, qui jouissent largement d’un pouvoir démesuré et, jusqu’ici, inarrêtable par les autorités. Huit jours après le massacre perpétré par le chef de gang Micanor à Wharf Jérémie, qui a coûté la vie à environ 200 personnes, l’État reste dans l’inaction complète. Se contentant d’annoncer des mesures de représailles, l’État multiplie les efforts sans aucun résultat concret.
Vraisemblablement, les gangs ont bien maîtrisé le jeu. Entre tortures et auto-affirmation en tant que leaders communautaires, les gangs ont tenté à chaque fois de justifier leurs crimes odieux. Pire, la population des zones contrôlées par les gangs, victime au premier degré, semble atteinte du syndrome de Stockholm, manifestant une certaine solidarité envers les gangs.
Jassaï MERZY