PORT-AU-PRINCE, 14 août 2026 — À l’occasion du 235ᵉ anniversaire de la cérémonie du Bois-Caïman, le ministère de la Culture et de la Communication (MCC) a donné, ce vendredi 14 août, le coup d’envoi de la première édition du Festival de la créativité haïtienne, organisée sous le haut patronage du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Prévue sur deux journées à l’hôtel Caribe, cette initiative, placée sous le thème « La créativité, notre fierté, l’avenir, notre héritage », vise à mettre en valeur la richesse de la création haïtienne tout en favorisant une réflexion autour de l’histoire, de la mémoire et de l’identité nationales.

Pour cette première journée, le MCC a proposé une programmation mêlant histoire, éloquence, théâtre, cinéma et musique. Plusieurs personnalités ont pris part à l’événement, notamment la Dr Sofia Loréus et le président du CEDEC, Joseph Domingue Orgella.
UNE JOURNÉE ENTRE CRÉATION ET MÉMOIRE
Les activités ont débuté vers midi avec le lancement de la fresque « Ayiti cheri », avant de se poursuivre avec une exposition d’ouvrages de C3 Éditions. Plusieurs auteurs ont participé à des séances de vente-signature, permettant au public d’échanger directement avec les écrivains présents.
La cérémonie officielle d’ouverture s’est tenue dans l’après-midi, vers 17 heures, en présence de représentants du secteur culturel, d’artistes, d’écrivains et de plusieurs personnalités invitées.
RAINA FORBIN : « NOUS CÉLÉBRONS HAÏTI »
Prenant la parole à l’ouverture du festival, Mme Raina Forbin a salué l’importance d’une initiative qui rapproche mémoire, création et identité haïtiennes. Elle a rendu hommage aux artistes, écrivains, cinéastes, comédiens et autres créateurs qui contribuent, selon elle, à raconter, questionner et réinventer Haïti.

Elle a également insisté sur le rôle de la création artistique dans la transmission de la mémoire et dans la préservation de l’identité collective.
« Lorsque nous célébrons la culture haïtienne, nous ne célébrons pas seulement ses œuvres, nous célébrons Haïti », a-t-elle déclaré, soulignant les éléments qui permettent aux Haïtiens, malgré les difficultés, de préserver leur sentiment d’appartenance à une même nation.
Mme Forbin a par ailleurs rappelé la portée symbolique du 14 août 1791, date traditionnellement associée à la cérémonie du Bois-Caïman, considérée comme un moment majeur du processus ayant conduit à la Révolution haïtienne et, quelques années plus tard, à l’indépendance du pays.
EMMANUEL MÉNARD : « LA MÈRE DE LA LIBERTÉ »
Dans son discours de circonstance, le ministre de la Culture et de la Communication, Dr Emmanuel Ménard, a replacé la cérémonie du Bois-Caïman dans une perspective historique et universelle.

Selon lui, le 14 août 1791 symbolise le moment où des hommes et des femmes réduits en esclavage ont décidé de prendre leur destin en main. Il a également estimé que la portée de la révolution ayant abouti à l’indépendance de 1804 a contribué à transformer l’histoire universelle, présentant Haïti comme « la mère de la liberté ».
Le ministre a expliqué que le festival entend également prolonger l’esprit de rassemblement associé à Bois-Caïman. Il a notamment évoqué le choix de mettre Cécile Fatiman à l’honneur à travers un procès symbolique, estimant que son rôle demeure insuffisamment représenté dans la mémoire collective.
Emmanuel Ménard a conclu son intervention en citant une pensée attribuée à Boukman : « Yon jou, la jou », avant d’évoquer le contexte politique actuel et les prochaines échéances électorales, reprenant la formule du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé : « Wè pa wè, eleksyon. »
CÉCILE FATIMAN AU CŒUR D’UN PROCÈS SYMBOLIQUE
L’un des moments forts de la soirée a été le « Procès de Cécile Fatiman », présenté par l’Éloquence Club de Plaidoirie. Cette mise en scène judiciaire avait pour objectif d’interroger la place accordée à la mambo Cécile Fatiman dans les récits consacrés à la cérémonie du Bois-Caïman.

Alors que les récits historiques mettent largement en avant la figure de Boukman, cette reconstitution a placé Cécile Fatiman au centre des débats afin de questionner la reconnaissance accordée aux femmes dans la mémoire historique haïtienne.
Une interrogation a ainsi servi de fil conducteur aux échanges : pourquoi la postérité a-t-elle davantage retenu le nom de Boukman que celui de Cécile Fatiman ?
Avant l’ouverture des débats, Mme Edva Francesca H. a présenté les éléments factuels du procès et rappelé plusieurs faits historiques associés à la cérémonie du Bois-Caïman. Elle a notamment évoqué le rôle attribué à Boukman dans les récits traditionnels, ainsi que la présence de Cécile Fatiman, associée au rituel ayant précédé le soulèvement.
Huit débatteurs et débatteuses, répartis entre la partie demanderesse et la défense, ont ensuite confronté leurs arguments dans un exercice mettant à l’épreuve leur éloquence, leur capacité d’analyse et leur maîtrise de l’argumentation.
Au terme des débats, le jury a plaidé en faveur d’une réhabilitation historique de Cécile Fatiman, recommandant que son rôle soit davantage reconnu et enseigné dans les écoles et les universités.
Le jury a également appelé à une meilleure valorisation des figures féminines de l’histoire nationale, estimant que la jeunesse haïtienne doit pouvoir s’identifier à des modèles incarnant le courage, la dignité et la résistance.
Le procès n’a donc pas désigné de vainqueur. Il s’est plutôt transformé en un plaidoyer en faveur d’une meilleure reconnaissance de la contribution de Cécile Fatiman à l’histoire nationale.
THÉÂTRE, CINÉMA ET MUSIQUE POUR CLÔTURER LA JOURNÉE
La programmation s’est poursuivie avec la représentation de « Lakou », proposée par la troupe du Théâtre national, offrant au public un nouveau moment consacré à la création scénique haïtienne.
Le cinéma a ensuite pris le relais avec la projection du film « Toussaint Louverture », réalisé par Philippe Niang et mettant notamment en vedette l’acteur haïtien Jimmy Jean-Louis.
La première journée s’est achevée dans une ambiance festive avec un bal animé par DJ Kemmissa, Pawòl Tanbou, Artists Kaths et Jean Jean Roosevelt, offrant au public une soirée placée sous le signe de la musique et de la créativité haïtiennes.
À travers cette première édition, le ministère de la Culture et de la Communication entend faire du Festival de la créativité haïtienne un espace où la création artistique dialogue avec l’histoire, où la mémoire nourrit la réflexion et où les nouvelles générations peuvent mieux s’approprier l’héritage culturel national.
La deuxième journée du festival doit poursuivre cette programmation consacrée à la créativité, à la mémoire et au patrimoine haïtiens.
Fritz Gerald Hussein VALME


