Ce lundi 5 octobre 2026, la Cour pénale internationale (CPI) a rendu publics, deux mandats d’arrêt visant Habibullah Agha, ministre de l’Éducation, et Neda Mohammad Nadeem, ministre de l’Enseignement supérieur en Afghanistan. Membres du régime taliban, les deux responsables sont accusés de persécutions liées au genre, constitutives d’un crime contre l’humanité.
Les mandats avaient été délivrés sous scellé le 9 septembre 2025, plusieurs mois après ceux visant le chef suprême des Taliban, Haibatullah Akhundzada, et le président de la Cour suprême, Abdul Hakim Haqqani.
Dans un communiqué, la Chambre préliminaire de la CPI estime qu’il existe « des motifs raisonnables » de croire que les deux ministres sont « pénalement responsables d’avoir ordonné, incité ou sollicité la commission d’un crime contre l’humanité de persécution » fondé sur le genre. Les personnes concernées comprennent notamment les filles, les femmes ainsi que « d’autres personnes ne se conformant pas à la politique des Taliban en matière de genre, d’identité ou d’expression de genre ».
Selon la juridiction, les faits présumés ont été commis en Afghanistan depuis la prise du pouvoir par les Taliban, le 15 août 2021, et se seraient poursuivis au moins jusqu’au 20 janvier 2025. La CPI affirme que les suspects ont participé à la mise en œuvre d’une politique ayant entraîné de graves atteintes aux droits et libertés fondamentaux, notamment à travers des actes d’emprisonnement, de torture, de viol, d’assassinat et de disparition forcée.
LES FEMMES ET LES FILLES PARTICULIÈREMENT CIBLÉES
Les femmes et les filles auraient été particulièrement visées en raison de leur genre, notamment à travers des décrets et des mesures les privant de plusieurs droits fondamentaux. Ces restrictions concernent notamment l’accès à l’éducation ainsi que les libertés de circulation, d’expression, de pensée, de conscience et de religion.
Habibullah Agha et Neda Mohammad Nadeem, considérés comme proches du chef suprême des Taliban, jouent un rôle important dans l’application des restrictions imposées aux femmes et aux filles en matière d’éducation.
Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a rejeté les accusations portées contre les deux responsables. Il a affirmé que les Taliban se soumettaient aux décisions de la charia islamique et de ses tribunaux, et non à celles de juridictions qu’il considère comme étrangères.
L’ONU RÉCLAME LA LEVÉE DES RESTRICTIONS
À Genève, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a, de son côté, appelé les autorités talibanes à mettre fin aux mesures restreignant les droits fondamentaux des femmes et des filles.
Dans une résolution adoptée par ses 47 États membres, le Conseil s’est déclaré profondément préoccupé par ce qu’il qualifie « d’oppression grave, croissante, généralisée et systématique » des femmes et des filles en Afghanistan.
L’instance onusienne demande notamment l’abrogation des politiques et pratiques limitant leur accès à l’éducation et au travail, ainsi que leurs libertés de réunion pacifique et leur participation à la vie publique.
DES CONSÉQUENCES SUR LA VIE SOCIALE ET SANITAIRE
Les restrictions imposées par les autorités talibanes ont également des répercussions sur la vie quotidienne et la santé mentale de nombreuses Afghanes. Selon des témoignages recueillis par l’AFP, les adolescentes et les femmes font face à d’importantes limitations dans leurs déplacements, leur accès à l’emploi et leur participation à la vie publique.
Les autorités imposent notamment des règles strictes concernant la tenue vestimentaire et l’accès à certains espaces publics. Dans plusieurs situations, les femmes doivent également être accompagnées d’un proche parent masculin lors de longs déplacements.
L’interdiction de poursuivre des études supérieures a par ailleurs contribué à réduire le nombre de femmes pouvant accéder à certaines professions, notamment dans le secteur médical. Des professionnels de santé interrogés par l’AFP font état de difficultés liées au renouvellement du personnel féminin dans les établissements hospitaliers.
Créée pour juger les personnes accusées des crimes internationaux les plus graves, la Cour pénale internationale, dont le siège est à La Haye, est compétente notamment pour les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le génocide.
Fritz Gerald Hussein VALME


