L’émission Ayiti à l’horizon 2054, animée ce dimanche sur Radio Télévision FADHRIS par Mr. Joseph Domingue Orgella, a reçu Mr. Duclos Bénissoit, coordonnateur du Mouvement Unifié des Transporteurs Haïtiens (MUTH). Au cours de cette édition, les échanges ont porté sur le syndicalisme, la gouvernance politique, la crise institutionnelle et les perspectives de développement du pays.
CRISE INSTITUTIONNELLE : DUCLOS BÉNISSOIT DÉNONCE LE NON-RESPECT DE LA CONSTITUTION
Dès le début de l’émission, l’animateur a abordé la question de la Constitution et les débats entourant sa révision. En réaction aux tentatives visant à imposer des changements sans consensus, Duclos Bénissoit a mis en garde contre toute démarche menée en dehors des règles démocratiques.
Selon lui, l’instabilité politique trouve son origine dans le non-respect répété de la loi fondamentale. Il a souligné qu’Haïti aurait dû connaître huit présidents depuis l’adoption de la Constitution en vigueur, mais en a enregistré vingt-trois. À ses yeux, le problème ne réside pas dans le texte lui-même, mais dans le comportement des dirigeants qui, une fois au pouvoir, s’éloignent des principes constitutionnels.
Évoquant les 120 jours du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à la tête du gouvernement, le coordonnateur du MUTH a rappelé que plusieurs structures avaient adhéré au Pacte national pour la stabilité en s’appuyant sur l’article 149 de la Constitution. Toutefois, il a déploré l’absence de l’organe de suivi prévu dans cet accord et dénoncé la non-application de plusieurs engagements, notamment ceux liés à la transition démocratique.
DES ÉLECTIONS POUR SORTIR DU CYCLE DES GOUVERNEMENTS DE FAIT
Questionné sur une éventuelle entente nationale autour de la réforme constitutionnelle, Duclos Bénissoit a estimé qu’aucun consensus durable ne peut être obtenu sans légitimité institutionnelle. Il a soutenu que les autorités en place devraient prioritairement réunir les principaux secteurs du pays, organiser des élections crédibles et permettre aux institutions élues de traiter les dispositions constitutionnelles jugées problématiques.
Le responsable syndical a également critiqué une pratique récurrente de la classe politique : le retard dans l’organisation des scrutins, qui conduit à l’affaiblissement du Parlement et favorise la gouvernance par décret. Pour lui, seule une mobilisation citoyenne soutenue en faveur des élections permettra de rompre avec la succession des gouvernements de fait.
LE SYNDICALISME HAÏTIEN ENTRE HÉRITAGE ET DÉFIS CONTEMPORAINS
Abordant l’évolution du mouvement syndical, Duclos Bénissoit a retracé les grandes étapes de son histoire. Il a rappelé son essor à partir de 1946, les difficultés rencontrées au cours des décennies suivantes ainsi que les restrictions imposées sous le régime de François Duvalier.
Après 1986, a-t-il expliqué, le mouvement syndical a connu un regain d’activité avec la création de nouvelles structures de défense des travailleurs. Toutefois, la multiplication des organisations et les divisions internes ont progressivement réduit sa capacité d’influence.
Malgré ces difficultés, il reconnaît que les syndicats ont joué un rôle important dans la protection des droits des travailleurs et dans la pression exercée sur les gouvernements. Il estime néanmoins que le secteur n’a pas encore pleinement contribué au développement économique et politique du pays, tout en affirmant que des perspectives de renouveau demeurent possibles.
UN PROJET DE MODERNISATION DU TRANSPORT PUBLIC
Au cours de l’émission, le coordonnateur du MUTH a également présenté un projet de modernisation du transport urbain baptisé MTL Transportation. Cette initiative vise à mettre en place un service de taxis accessible par téléphone, avec des véhicules climatisés et des chauffeurs professionnels.
Selon lui, ce projet pourrait transformer progressivement le secteur du transport au cours des prochaines années. Il regrette toutefois le manque d’accompagnement des autorités publiques et affirme que sa concrétisation dépendra notamment de l’amélioration des infrastructures routières et de la mobilisation des ressources nécessaires.
JOSEPH DOMINGUE ORGELLA APPELLE À LA STABILITÉ POUR FAVORISER L’INVESTISSEMENT
En conclusion, Joseph Domingue Orgella a insisté sur la nécessité de créer un climat de stabilité afin d’attirer les investissements et de favoriser la création d’emplois. Il a rappelé que le développement économique constitue un élément essentiel au renforcement du tissu social et syndical du pays.
L’animateur a également lancé un appel à la responsabilité collective, estimant que tous les secteurs de la société doivent contribuer à la construction d’un environnement propice au progrès. Il a enfin souligné l’importance pour les Haïtiens de tirer les leçons du passé afin de préparer dignement les prochaines étapes de l’histoire nationale.
L’émission Ayiti à l’horizon 2054 continue ainsi d’offrir un espace de réflexion et de débat sur les grands enjeux qui façonnent l’avenir d’Haïti.
Prochain rendez-vous dimanche prochain sur Radio Télévision FADHRIS.
Fritz Gerald Hussein VALME


